atelierestienne

FABIEN BOUGUENNEC
VARIATIONS AUTOUR DE LA GRAVITÉ
10 janvier >15 MARS 2026
VERNISSAGE 9 JANVIER 18H30

Commissariat Christian Mahé

Si Fabien Bouguennec place tout entière son œuvre sous le signe de l'énigme et de la vision intérieure, son originalité consiste à promouvoir son désir d’au-delà, à partir d’une série d’influences dès plus hétéroclites, empruntant aussi bien à l’imaginaire du neuvième art, qu’à celui des formes graphiques et autres pictogrammes issus de notre quotidienneté numérique - tout un background qu’il parvient à transfigurer par son goût du merveilleux, puisé notamment aux sources du surréalisme, et à ce mystère de la terre Bretonne, où il a vu le jour.
Un alliage fécond, que le jeune artiste concrétise par ses dons insignes de dessinateur et de coloriste.

À partir d’un usage très personnel de la pratique du lavis, lui permettant d’appliquer en fines couches sa peinture, Fabien Bouguennec peut user de la transparence des couleurs, afin de jouer librement avec les limites de la picturalité, et tutoyer l’illustration, dans une proximité manifeste avec l’univers de la BD, qui a longtemps irrigué sa pratique du dessin.
Il délaisse ainsi la matérialité de la peinture au profit de sa dimension purement optique, dans un art de l’épure qui lui permet de souligner le caractère fantomatique de ses motifs et de ses fonds. Ces personnages éthérés ne semblent-ils pas flotter dans des nappes de couleurs aussi diaphanes qu’enveloppantes ? Et, les tableaux ne baignent-ils pas fréquemment dans une clarté crépusculaire de tons sépia, qui vient nimber les figures d’un caractère sacré ?
De fait, l’étrangeté assumée des œuvres du jeune peintre renvoie peut-être, autant, aux brouillards d’Armorique qu’aux paysages mentaux du peintre Yves Tanguy, inspiré, également par les côtes rocheuses du Finistère, et dont Fabien Bouguennec se revendique comme fidèle héritier. Les peintures de cet illustre surréaliste n’ont-t-elles pas initié son regard à l’adolescence, en lui donnant avec celles de Dali, le pressentiment d’un Ailleurs visuel et poétique ?
Que nous disent-elles ces figures sans visage, qui peuvent suggérer les sculptures d’Izumi Kato, ainsi que l’hybridité dcs êtres dont parle Paul Klee, « venus d’un monde condamné aux limbes et accessible seulement, à quelques primitifs, fous ou enfants » ? On est assurément dans la
famille de ces chimères admirables surmontant les genres, les espèces et les identités rigides, qui peuplent les œuvres surréalistes de Dali, Ernst, Belmer - ne cessant de se mouvoir entre la chose, l’animal, l’objet, l’homme, la femme et le dieu. D’ailleurs, les auréoles dont elles sont fréquemment affublées, semblent couronner leurs têtes d’un supplément divin.
N’ont-elles pas à leurs pieds, quelquefois, ces stèles de granit entrevues à Carnac ? Ne sont-elles pas, de par leur légèreté, des ersatz de djinns, des spectres ou bien des anges survivant à une fin du monde ? Car toutes ces entités paraissent bien se jouer des lois de la gravitation, et de la ressemblance, en état de lévitation perpétuelle, semblable à des apparitions ou des avatars improbables. Elles « n’adhèrent » plus au monde. Elles témoignent, sûrement, du fait qu’entre l’humanité et la planète, ça ne « colle » plus vraiment.
Fabien Bouguennec est tributaire comme nombre d’artistes contemporains, d’une vision informée par l’anthropocène, et sensible aux préoccupations environnementales, dont nous sommes les témoins.
Si son oeuvre se concentre uniquement sur cette figure du retrait, sa démarche artistique se conjugue, a contrario dans une diversité de pratiques, mêlant le dessin, la peinture, ainsi que la réalisation de sculptures. Il utilise par ailleurs l’animation et des outils numériques pour insuffler vie et mouvement à ses motifs dessinés, créant ainsi des environnements immersifs au sein de vidéos.

Il y a un paradoxe dans l’art de cet artiste, qui fait de sa peinture hautement figurative, une abstraction totalement indéterminée, énigmatique, insituable ; en un mot : libre. Il métisse son style, en une sorte d’ovni esthétique, combinant l’abstraction la plus sobre à un réalisme insistant et naïf. L’artiste est sans doute comme ses créations, semblable aux vigies qui guettent l’horizon, en attente de ses terres promises…

Texte Philippe Godin, critique d'art

Fabien Bouguennec, né en 1988 à Vannes, est un artiste pluridisciplinaire actuellement basé à Évellys, en France.